Il Guercino (1591 Cento - 1666 Bologne)
plume et encre brune, lavis brun et gris sur papier 25.1 x 34.4 cm
Provenance :
Londres, collection Jan van Rijmdijk ; Londres, collection Joshua Reynolds ; Freiburg im Breigsau, collection Johann Georg von Sachsen ; Stuttgart, Ketterer, 27 octobre 1949 ; Karlsruhe, collection Philipp Hermann ; Munich, collection Georg Himmelheber ; Paris, Christie's, 25 mars 2026
Bibliographie :
Jennifer Tonkovitch, "Jan van Rymsdyk and his 'Museum'", Master Drawings, 60, n°4, 2022
Le parcours de Guercino l'a mené du réalisme des Carracci, libéré du carcan maniériste, attentif à la nature et au sentiment, pré-romantique en un sens, vers, une fois sa jeunesse passée, un art plus discipliné, suivant parfois la pente académique d'un Guido Reni.
Il n'est besoin pour comprendre cette évolution que de comparer ce Saint Jean-Baptiste, criant réellement dans le désert, criant de vérité pourrait-on dire aussi, et l'agneau qui, comme pour accentuer ironiquement la solitude du saint, prend la tangente, au tableau du Kunsthistorisches Museum, daté de 1641, et à son dessin préparatoire, en collection privée : tout y est mesuré, sérieux, composé.
C'est d'évidence à sa première période, la plus intéressante car il y est pleinement lui-même, qu'appartient ce dessin, tant par son pathétisme affirmé que par son graphisme : les plus incisifs et déterminés, quasi-caravagesques, du vêtement, les feuillages en volutes. On y retrouve le personnage solidement calé sur un fond de paysage (et l'écuelle au sol) d'Elie nourri par les corbeaux (Londres, National Gallery) et le regard exalté, la chevelure exubérante, de saint Chrysogone en gloire (Londres, Lancaster House), deux peintures datées respectivement de 1620 et 1622.
Avant ou pendant son séjour à Rome (1621-1623) lors du bref (mais artistiquement fébrile) pontificat du pape bolonais Grégoire XV Ludovisi ? En l'absence d'une peinture homothétique à ce dessin pourtant très pictural, rêve (d'autant plus libre) d'une œuvre jamais réalisée, sa parenté stylistique avec la Vision de Marie-Madeleine (Windsor, collection royale), que Mahon et Turner datent (audacieusement) de 1616-1618, fait pencher la balance vers 1620 ; année qualifiée par Barbara Ghelfi, dans le catalogue de l'exposition de 2004, d'annus mirabilis, avec des chefs-d’œuvre comme le Saint François en extase du Musée du Louvre.
Enfin ce dessin est passé au 18ème siècle par deux collections prestigieuses. Jan van Rymsdyk (1719-1790), peintre et illustrateur néerlandais établi à Londres, concevait sa collection de dessins, modeste en nombre mais superlative en qualité, comme une forme de musée. Il prépara sa vente après décès en biffant, sur les dessins mis en vente, la fière mention "Rymsdyk's Museum". La plupart ont, de fait, rejoint les plus grands musées après être passés, souvent, par la collection du peintre Joshua Reynolds qui leur donna, c'est le cas de le dire, un cachet supplémentaire.
Après avoir appartenu au prince Johann Georg von Sachsen (1869-1938), frère du dernier roi de Saxe, il était resté depuis 1949 dans la famille du peintre et restaurateur de tableaux Philipp Hermann (1899-1968) puis de son neveu Georg Himmelheber (1929-2024), historien de l'art et particulièrement du mobilier allemand.